Interface

Objectif Zéro

En 1994, Ray Anderson, le propriétaire et fondateur d’Interface (entreprise spécialisée dans les moquettes), a juré que sa société n’aurait plus aucun impact négatif sur l’environnement d’ici 2020.

Le charme, le charisme et la force de persuasion de Ray ont permis à sa société de redéfinir ses produits et processus. C’est ainsi qu’Interface en est venue à utiliser des nouvelles technologies, à réduire ses déchets et émissions de gaz nocifs et à utiliser de plus en plus de matériaux et d’énergies renouvelables. Cette révolution a même un nom : « Objectif Zéro ».

Anderson était déterminé. Il voulait travailler avec des spécialistes du développement durable tels que Janine Benyus, Paul Hawkens, Amory Lovins et Jonathan Porritt pour trouver des idées qui changeraient son entreprise. Et une de leurs meilleures idées était « l’imitation de la nature : créer des motifs de moquette qui refléteraient la nature. Le produit a rencontré un franc succès sur le plan commercial ».

Alors que l’équipe se concentrait sur la durabilité, il est vite devenu évident que peu de sociétés pourraient allier pérennité et profit. Interface voulait rester un business rentable, loin d’une œuvre caritative.

« Nous sommes une société agressive. Nous voulons réaliser des profits, sans pour autant renoncer à notre engagement envers l’environnement. Alors nous devons trouver un moyen de concilier notre méthode classique et volontariste de création de profit avec l’objectif clair que nous nous sommes fixé. »

Avec pour objectif de modifier en profondeur le mode de gestion de l’entreprise, Interface a décidé de « montrer l’exemple », souhaitant « démontrer qu’il est possible d’avoir un impact neutre sur l’environnement ».

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« Nous travaillons avec des conseillers et distribuons notre connaissance gratuitement pour qu’elle puisse servir à aider leurs clients.

« Chaque année nous envoyons des conseillers aux Pays-Bas. Ils peuvent y amener leurs clients s’ils le souhaitent. Nous appelons cela “le programme d’immersion culturelle”. En gros, nous essayons de montrer tout ce que nous avons appris sur le développement durable pour que d’autres puissent en bénéficier. »

L’ouverture d’esprit et la clarté de son objectif différencient Interface de ses concurrents. Elle aide ses clients à prendre des décisions informées en invoquant des faits, et non des suppositions.

« Il nous semblerait aberrant de décerner un éco-label injustifié à nos produits, sous prétexte que nos concurrents le font. On ne va pas dire que nos produits sont éco-durables s’ils ne le sont pas. Nous donnons juste les faits. Par exemple, ce produit représente 5 kilos de CO2. Les clients apprécient cette transparence. Nous ne mentons pas. Mon département passe la moitié de son temps à développer des produits durables, et l’autre à réfléchir à la meilleure manière de communiquer et de les mettre sur le marché, soit via nos commerciaux ou des leaders d’opinion, soit par le biais de techniques marketing. »

Suite au succès du tapis « imitation nature », Interface a mis au point une nouvelle moquette 100 % nylon recyclé dont l’histoire est bien singulière.

« Elle est fabriquée en partie avec nos anciennes moquettes, mais principalement avec de vieux filets de pêche récupérés un peu partout dans le monde. Les filets de pêche abandonnés sont un vrai problème, alors nous collaborons avec des organisations non gouvernementales pour nettoyer les plages des Philippines, d’Inde et d’Afrique. On récupère les filets et on les transforme en moquette. Nous faisons en sorte que nos fournisseurs de nylon collectent ces filets et d’autres matériaux et les recyclent avant que nous achetions le produit. »

Leur produit le plus récent (un matériau nylon bio pour moquettes) est une formidable innovation.

« Nous utilisons un nouveau type de nylon, fait à 83 % à partir d’huile de ricin. Sa culture est bien développée en Inde et n’a besoin d’être arrosée qu’une fois tous les 25 jours. Elle permet de stabiliser les sols menacés par l’érosion, apporte une source de revenus aux fermiers, pousse sur des sols pauvres, et donc ne remplace pas les cultures nourricières. »

Comme la bio-moquette vient tout juste d’être lancée, « seul le temps pourra nous dire si elle sera un succès ». Une chose est sûre : même si Interface encourage les innovations, il lui arrive parfois d’échouer dans son « Objectif Zéro ».

« Nous avons tenté de nombreuses choses. 80 % d’entre elles ont échoué. Les réussites comme les échecs ont joué un rôle important dans nos innovations et sont au cœur de notre histoire. Nous ne fermons jamais la porte à l’échec. Ça fait partie de l’apprentissage.

« Ainsi, notre système de location longue durée a été un échec. Les clients n’en veulent pas, le modèle industriel ne fonctionne tout simplement pas. Alors que nous voulions le mettre en place dès nos débuts il y a dix ans, cela n’a pas porté ses fruits. Nous pensions que ça allongerait la durée de vie des moquettes et ça n’a pas marché. »

Interface a saisi cette opportunité pour inventer autre chose. L’entreprise a décidé d’utiliser des dalles remplaçables pour les endroits les plus fréquentés et donc abîmés. L’innovation est poussée par la volonté de réussir et encourage les employés à explorer des domaines qui les passionnent.

« Nous avons des ambitions bien définies, mais nous ne fixons pas d’objectifs restreints. Nous disons, “on doit atteindre zéro d’ici 2020. Trouvez un moyen radical d’y arriver. Pensez avec passion. Si vous trouvez un truc, vous aurez la gloire et une prime”. On ne paye pas les employés pour atteindre des objectifs particuliers. Notre méthode est bien plus fondamentale et fonctionne par profil.

« Un de nos employés a pensé à changer notre stratégie de transport, à innover en remplaçant la route par le rail. Trouvant cette idée intéressante, nous avons organisé des conférences pour que ses idées soient entendues. Il est maintenant une autorité en matière de transport écologique aux Pays-Bas. C’est comme ça que nous récompensons les gens. Les autres apprennent qu’il y a beaucoup à gagner à réaliser de grandes choses.

« Les gens recherchent par-dessus ce sentiment qu’ils travaillent pour une société qui leur donnera l’opportunité de réaliser de grandes choses. Nous ne les traitons pas comme des enfants en leur disant d’éteindre la lumière ou de recycler. Nous leur demandons de travailler dans leur domaine de prédilection. Si vous travaillez à la comptabilité, concentrez-vous sur les comptes. Si vous êtes un ingénieur, imaginez quelque chose pour l’usine. Ils mettent au point un projet et nous l’exposent. S’ils en ont besoin, nous les soutenons, que ce soit techniquement, financièrement ou autre.

« Plutôt que d’utiliser une approche de développement durable classique (discussion avec les actionnaires principaux puis déploiement des objectifs), nous préférons leur dire : “regarde autour de toi et trouve la meilleure opportunité dans ton domaine. Quoi qu’il arrive, Interface atteindra son objectif. Mais l’important est d’accomplir quelque chose que tu seras fier de raconter à tes enfants, à tes amis”. Et ça fonctionne. Ils nous apportent des idées auxquelles personne n’avait pensé.

« Si vous laissez de l’espace aux employés, ils vous apportent leur enthousiasme, et le profit en découle tout naturellement. Parfois, le profit se fait attendre, mais ça fait partie du processus d’essai et d’erreur. »

La liberté d’expérimenter et de partager ses idées pour accomplir la même mission prouve qu’Interface se laisse plusieurs options de réussite.

« Nous ne misons pas tout sur le même cheval. Nous essayons de combiner différentes technologies pour identifier laquelle est la plus durable sur le long terme. »

« En 1994 au début de ce projet sur le développement durable, nous avions commencé par stocker nos déchets sur site. Ensuite, nous nous sommes demandé comment nous pourrions les réduire. Le coût des matières premières représente une somme importante, bien plus que la main-d’œuvre... C’est en réduisant nos déchets que nous avons pu réduire nos coûts et nous consacrer à cette initiative.

« Lorsque nous faisions des plans pour l’avenir, nous avions accordé beaucoup d’attention à ce que nous devrions faire pour les moquettes en fin de vie. Nous avons réalisé que :

« Au niveau environnemental, le recyclage est la meilleure solution, car les produits bio ont un très faible impact. Nous pouvons débarrasser les clients de leur vieille moquette, puis la passer dans une machine qui sépare la matière textile du support pour pouvoir recycler les deux séparément.

« Comparée aux États-Unis, l’Europe recycle peu. Rares sont les clients qui nous renvoient les moquettes usées. Nous souhaiterions “une loi qui interdise de mettre les moquettes à la décharge afin qu’ils nous les retournent et que nous puissions les recycler avec une technique adéquate”. »

L’ambition d’Anderson avec son « Objectif Zéro » est évidente. Il était « toujours là, apportant soutien et exemple », a laissé un héritage, et surtout un objectif clair qu’Interface devra atteindre dans la prochaine décennie.

We’ve identified five hallmarks of beautiful business and explored stories from an array of companies from all over the world. Today, we continue to talk to businesses with an alternative approach, which you can read more about here.