KTC

L’élégance « Made in China »

KTC est l’anagramme de Knowledge, Technology and Craft (Connaissance, Technologie et Artisanat).

La société produit des vêtements de sport de grande qualité pour diverses marques dans ses usines implantées à Guangdong en Chine, au Laos et à Taiwan.

Sa mission : améliorer les conditions de travail de ses employés, et changer notre perception du « Made in China ». En tant que membre de la Fairwear Foundation et de la Fair Labor Association, KTC fait figure d’exception : les conditions à respecter pour faire partie de ces organisations sont extrêmement strictes, exigent des rapports d’audit complets et un niveau de transparence rare dans ce secteur industriel.

Nous avons discuté avec Gerhard Flatz, le Directeur Général de KTC, du défi que représente la gestion d’une telle entreprise en Chine, alors que l’économie du pays est en plein développement. Il nous a expliqué combien KTC a changé depuis ses débuts, et a insisté sur deux critères essentiels : la qualité des produits et le facteur humain.

KTC

« La société a été fondée en 1971 par Hans Kremmel et Dieter Waibel, deux Autrichiens qui importaient du fil suisse pour fabriquer des cols roulés. Ces produits étaient ensuite livrés à la société Benedikt Maeser, une marque reconnue dans les années 70 et 80 pour la qualité de ses vêtements de ski.

En 1975, nous avons commencé à travailler avec Adidas, jusqu’à devenir leur fournisseur exclusif pour les régions de Macao, la Thaïlande, la Chine et Hong Kong. Nous avons ensuite investi dans la production de vêtements de ski de haute qualité. »

Gerhard a rejoint la société en 1997, et en est le Directeur Général depuis 2008. C’est là que KTC a démarré sa transformation, avec pour objectif prioritaire d’aborder les problèmes de respect des normes sociales et de développement durable.

KTC

« Dans notre secteur, l’activité s’appuie entièrement sur le facteur humain. Le savoir-faire est directement lié au respect des normes, du développement durable et à la façon dont vous traitez vos collaborateurs.

« Nous avons réalisé une enquête de satisfaction interne l’année dernière pour mesurer le bien-être de nos employés et nous avons remarqué que leurs besoins avaient évolué, essentiellement à cause du changement de génération et de la politique de l’enfant unique. Nous avons plus de difficultés à trouver des personnes qualifiées aujourd’hui. Ces jeunes incarnent la génération perdue. Ils postulent pour le job uniquement parce que les conditions sont intéressantes et que nous offrons les meilleurs salaires du secteur. Ils ne restent pas longtemps, environ quatre semaines, et ensuite ils nous quittent pour une autre entreprise. C’est un comportement courant dans le secteur industriel chinois.

« C’est pour cela qu’en 2011 nous avons lancé un programme d’apprentissage. Cette année, 100% de nos employés chinois ont réussi à passer la première étape et ont obtenu un certificat reconnu par l’État.

« Nous proposons trois niveaux : débutant, intermédiaire et expert. Nous avons besoin de stabiliser notre main-d’œuvre, et surtout le nombre d’artisans. Actuellement, les jeunes s’intéressent plus au secteur des services qu’à l’industrie ou au commerce. Dans les économies en développement, le secteur industriel est toujours le premier à perdre des talents.

« Offrir les meilleurs salaires du secteur nous donne un certain avantage et n’a pas d’impact négatif sur nos résultats. En les payant mieux, nos employés sont plus efficaces et plus motivés. Ainsi, ces employés qualifiés travaillent plus longtemps pour nous, et plus ils restent, plus ils deviennent efficaces.

« Ce plan sur cinq ans vise à valoriser notre main-d’œuvre. Comme les salaires augmentent partout en Chine, nous avons décidé d’employer 80 % de main-d’œuvre locale et de réduire le nombre de travailleurs intérimaires à 20 %. Cela nous aidera, les employés resteront plus longtemps chez nous. »

Le plan de Gerhard commence à porter ses fruits. Les mesures prises ont permis de réduire le pourcentage d’employés quittant la société de 45 % à 20 % en six mois.

Pour renforcer son engagement social, améliorer la qualité et les bonnes pratiques, KTC a rejoint la Fairwear Foundation, une organisation à but non lucratif qui encourage l’amélioration des conditions de travail de l’industrie textile.

« Avant de proposer à la Fairwear Foundation de nous accepter, la règle générale était qu’une entreprise industrielle ne pouvait pas être membre. Cette organisation était surtout ouverte aux marques, et aux usines qui y étaient associées. Nous avons réussi à adhérer en 2011, et cette année-là, nous avons décidé d’aller encore plus loin et de rejoindre la Fair Labor Association. Nous sommes la seule société du secteur industriel à être membre partie des deux organisations. »

Un audit complet des pratiques et des conditions de travail est obligatoire pour rejoindre la Fairwear Foundation, soulignant que KTC fait preuve d’une transparence totale envers ses employés, clients, fournisseurs et partenaires. Le rapport d’audit67 couvre divers aspects : planification de la production, formations, transparence et autres pratiques associées aux postes de direction et de gestion. L’audit est mis en ligne et consultable. Cette attitude est surprenante et inhabituelle, surtout lorsque l’on sait comment fonctionne traditionnellement l’industrie en Chine.

Comme le dit Gerhard : « J’ai besoin que le monde extérieur m’observe et me dise ce qui ne va pas ; exercer tous les jours la même activité conduit à manquer de recul. Les médias sont encouragés à nous observer, et les journalistes nous rendent visite régulièrement. Pour avancer, atteindre ces performances, nous devons être le plus transparents possible, et recueillir un maximum de commentaires. »

Lorsqu’il a transformé la société, Gerhard Flatz a dû tenir compte des contraintes des marques et des partenaires qu’elle fournissait.

« C’était un aspect crucial de la transformation. Si les partenaires ne vous suivent pas, c’est un problème. Le risque zéro n’existe pas. Certaines marques auraient pu choisir de cesser toute collaboration, de peur que nous échouions. 

« Avant ce projet, nous avions 40 partenaires. Nous n’en avons plus que 10 aujourd’hui puisque la majorité s’est dégonflée. Mais ceux qui sont restés et qui y ont trouvé leur intérêt compensent largement. J’ai enfin réussi à développer notre business, afin d’équilibrer la production et de modifier le temps de travail.

« L’avantage maintenant, c’est que nous produisons une meilleure qualité à un prix plus compétitif. La production ressemblait plutôt à une courbe d’apprentissage généralisée.

« J’ai même dit, en plaisantant, que KTC n’était pas une usine, mais le plus gros studio de la planète. Depuis nous sommes devenus un partenaire efficace en termes de conception et développement.

« Nos partenaires actuels sont ceux qui, dès le début, ont compris notre vision et apprécié ce changement. Maintenant, ils ont une position unique sur le marché grâce à la qualité que nous leur fournissons. Ils peuvent vendre plus à un prix plus élevé. Les critères de “transparence et développement durable” prennent également de plus en plus d’importance, puisque les consommateurs s’y intéressent de plus en plus. »

KTC

Gerhard a la ferme intention de continuer sur cette voie. KTC travaille actuellement avec une société spécialisée dans l’alimentation bio depuis 35 ans, pour renforcer son programme de développement durable en se penchant sur les pratiques agricoles. Ce secteur est encore plus pointu et réglementé que la production textile industrielle.

« La prochaine étape est de démontrer que nous nous soucions vraiment des gens en contrôlant les composés chimiques qui entrent dans la fabrication des vêtements. C’est mon grand projet : une transparence totale grâce à un système qui révèle nos capacités, nos ambitions, et non plus uniquement se fonder sur des méthodes établies. »

KTC travaille avec les plus grandes marques du monde, principalement dans le secteur sportif, et Gerhard continue de militer pour redéfinir la perception de l’étiquette « Made in China ». Il souhaite que les sportifs la portent avec fierté, qu’elle définisse la qualité des vêtements de sport, qu’elle exprime la devise de KTC : « l’art de produire de la qualité ».

KTC est une entreprise à part ; respecte ses principes, fait preuve d’élégance et ouvre la voie pour redéfinir le « Made in China », vision qu’elle souhaite diffuser dans le monde. En Chine, les sociétés ne font pas étalage de leur réussite, ni des performances de leurs méthodes de travail.

Comme le dit Gerhard : « Il y a beaucoup de “beautiful business” en Chine, mais ils ne se montrent pas. Ils se cachent derrière un masque culturel. Après tout, il y a 2 500 ans, l’artisanat a vu le jour en Chine. »

We’ve identified five hallmarks of beautiful business and explored stories from an array of companies from all over the world. Today, we continue to talk to businesses with an alternative approach, which you can read more about here.